Transport Expertise Association

A new eye on transport issues…

Un nouvel élan pour le déploiement de systèmes de transports intelligents en Europe

Posted on March 10, 2009 by Matthieu Desiderio

Après la publication d’un plan d’action en décembre 2008, les institutions européennes semblent s’activer pour mettre en avant le potentiel des systèmes de transports intelligents (STI ou ITS, appellation anglaise plus généralement employée). Une première réunion du groupe d’étude sur le déploiement des ITS, devait se tenir le 24 février à la Commission Européenne. A l’ordre du jour, la discussion d’un document de travail de la section TEN du Comité économique et social européen, et l’examen d’une première proposition de directive.

Les systèmes de transport intelligents, des initiatives qui se développent à l’échelle européenne

Jusqu’à aujourd’hui, les ITS représentaient une grande diversité d’initiatives dont le déploiement demeurait relativement parsemé. Appartiennent traditionnellement à la famille des ITS les dispositifs tels les outils de navigation par satellites (GPS) et autres systèmes de gestion dynamique de la circulation, ou encore les infrastructures d’information routière en temps réel (et notamment les panneaux à message variable – PMV). S’y ajoutent les infrastructures de « road monitoring », qui permettent de collecter des données sur le trafic et les conditions de circulation, tels les stations de comptages, les caméras de surveillance routière, ou encore les centres de contrôle.

Entre 2001 et 2006, le programme TEMPO (Trans-European intelligent transport systeMs PrOjects) avait permis d’engager 1,2 milliards d’euros pour stimuler un développement harmonisé des ITS en Europe. Cette enveloppe budgétaire avait notamment permis le lancement de 7 projets « euro-régionaux » : ARTS, CENTRICO, CONNECT, CORVETTE, SERTI, STREETWISE, et VIKING. Pour la période 2007-2009, un budget à la hauteur de 300 millions d’euros supplémentaires a été alloué, permettant la mise en place de deux programmes majeurs à l’échelle européenne :

  • L’initiative i2010 « véhicule intelligent », qui vise à promouvoir l’utilisation de nouvelles technologies pour améliorer la sécurité et la performance énergétiques des véhicules. Dans ce cadre, la plateforme eSafety regroupe de nombreux partenaires publics et privés, engagés dans le déploiement des systèmes embarqués de sécurité et d’assistance à la conduite. Parmi les dispositifs encouragés, on pourra citer les outils de contrôle électronique de stabilité (CES), qui jouent un rôle majeur dans la réduction des accidents, ou encore le système d’appel d’urgence « e-call » qui prévient automatiquement les services d’urgences les plus proches en cas d’accident. Les services embarqués se déclinent sous des formes diverses et variées : outils de contrôle de trajectoire (avertisseur sonore de déviation), régulateurs de vitesse, Traffic Message Channels (TMC), alerte de franchissement involontaire de ligne (AFIL), détecteurs d’obstacles, radars latéraux et de recul, système de reconnaissance des panneaux de signalisation (encore embryonnaire).
  • Easyway, projet autour du déploiement des ITS sur les corridors de transports européens et dont les objectifs pour 2020 sont très ambitieux : réduction du nombre de victimes sur les routes de 25%, réduction de la congestion sur les axes routiers de 25% et réduction des émissions de gaz à effet de serre de 10%.

Les enjeux du déploiement des ITS en Europe

La volonté de préparer une directive européenne souligne combien les enjeux derrière les ITS sont multiples. Les ITS connaissent déjà de nombreux domaines d’application mais les initiatives sont encore fragmentées. La divergence des systèmes dans le ferroviaire (écartements des rails, signalisation ferroviaire) est une illustration pertinente du besoin de solutions compatibles entre pays limitrophes. Le défi qui se dessine est ainsi la réalisation d’un marché unique dans l’usage des ITS, avec ce que cela implique en termes de développement de standards techniques.

D’après les analyses de la Commission Européenne, le déploiement des ITS se révèle nécessaire aujourd’hui pour remédier à divers problèmes. D’une part, les conséquences de la congestion sur les axes routiers, représenteraient aujourd’hui un coût équivalent à 1% du PIB de l’UE. Par ailleurs, le transport de marchandises par route, qui devrait croître de 55% d’ici à 2020, serait responsable de 72% des émissions de CO2 liées aux transports. Enfin, la pire des externalités négatives à mettre au titre des activités de transport demeure le taux de mortalité toujours trop élevé sur les routes : en 2006, le nombre de victimes sur les routes européennes s’élevait à près de 43000.

Efficacité et sécurité sont donc les deux grands enjeux auxquels les ITS doivent répondre. Dans ces circonstances, trois dimensions doivent toutefois être fondamentalement prises en compte au moment d’établir une infrastructure TIC étendue au service des flux de transport :

  • la nécessité pour l’infrastructure de collecter et traiter les données en temps réel
  • le besoin de protocoles de communication efficaces entre l’infrastructure (support de l’information sur le trafic) et les véhicules en trafic
  • la garantie de la fiabilité des données transmises

Un des grands dangers mis en évidence, serait la création d’une société de surveillance au sein de laquelle les échanges de données dépasseraient leur strict usage à des fins de gestion du trafic routier. La protection de la vie privée et le risque d’utilisation détournée du système d’information, sont des problématiques majeures pour la Commission Européenne. A cela s’ajoute la question des coûts du roaming pour les échanges de données sur la circulation à proximité des frontières.

Par ailleurs, un des risques non négligeables est celui de l’engagement de la responsabilité du système mis en place. Comme dans beaucoup de situations, celui-ci fera l’approbation de tous tant que son efficacité ne sera pas remise en cause. Il est évident, par exemple, que si le système relaie aux véhicules la présence d’une plaque de verglas en amont d’un tracé, alors son utilité devient indiscutable dans la mesure où il permet de prévenir un risque d’accident en incitant les conducteurs déjà engagés à ralentir, ou à emprunter un autre itinéraire. Qu’en est-il au cas où le système faillit à sa tâche en ne signalant pas le risque, ou pire, en transmettant des informations erronées qui sont la conséquence directe d’un accident ? Cette vision où un seul cas d’échec remettrait en cause toute l’architecture, pose la question de la confiance qui doit être donnée aux ITS. Ils ne peuvent en effet prétendre être une science exacte, mais sont avant tout des outils informatifs et interactifs devant contribuer à assurer l’efficacité et la durabilité des transports, la sécurité et la sûreté des transports personnels et commerciaux, tout en contribuant à améliorer les conditions du marché intérieur européen.

A cela s’ajoute la question de la durée nécessaire pour mettre en place un système efficace à grande échelle. Une partie majeure du potentiel des ITS est ainsi conditionnée par la nécessité d’équiper en systèmes d’interactivité les véhicules déjà en circulation (technologies VtoV). La qualité des systèmes de communication dans la gestion du trafic gagne en effet en fiabilité à partir du moment où les véhicules non seulement communiquent avec l’infrastructure mais sont également interconnectés entre eux.

Une application qui n’est pas limitée au transport routier

Les efforts de la Commission Européenne pour le développement des ITS ne sont pas exclusivement consacrés au transport routier. Les ITS trouvent une application particulière dans les autres modes de transport.

Concernant le transport ferroviaire, l’ERTMS (European Rail Traffic Management System) est à considérer comme un ITS en ce qu’il vise à permettre une meilleure interopérabilité sur le réseau ferré européen, en mettant en place un système de signalisation unique.

Dans le fluvial, avec la directive 2005/44, le développement de SIF (Services d’Information Fluviale) – River Information Services en anglais – devrait permettre une meilleure planification du trafic, ainsi qu’une gestion optimale de celui-ci et des opérations de transport par voie navigable.

Dans le maritime, le Système d’Information et d’Organisation du Trafic Maritime (Vessel Traffic Management and Information Services, VTMIS), basé sur la directive 2002/59, a été mis en place pour garantir un suivi communautaire du trafic des navires. Ce système de surveillance, qui intègre notamment le projet SafeSeaNet, vise ainsi à améliorer la sécurité et la fluidité du trafic maritime, en évitant l’apparition de situations de danger en mer.

Dans le transport aérien, le projet SESAR (Single European Sky ATM Research) est un programme de modernisation de l’infrastructure de contrôle du trafic aérien, destiné à assurer la fluidité et la sécurité du trafic aérien pour les 30 prochaines années.

Les développements des ITS à différentes échelles devront ainsi permettre d’optimiser les opérations de transport, tout en garantissant la mise en concurrence des différents modes de transports. En effet, ils deviendraient contre-productifs dès le moment où ils forceraient à l’usage d’un mode de transport au profit d’un autre.

De larges perspectives pour les ITS

L’utilisation des ITS pourrait largement dépasser le cadre de la sécurisation et de fluidification des flux de transport. Un usage parallèle des ITS a déjà été envisagé pour construire un modèle de financement équitable des routes et autres infrastructures de transport. Les Pays-Bas et le Danemark se placent aujourd’hui à l’avant-garde de ses développements, dans leur ambition de développer une infrastructure de « congestion pricing ». Il s’agit d’une variante avancée du concept de « road-pricing » où les conducteurs, dont les véhicules sont équipés d’un boîtier de « géolocalisation », paient une contribution variable en fonction de plusieurs facteurs : localisation géographique à l’instant t, kilomètres déjà parcourus et impact environnemental du véhicule. Idéalement, ce système permettrait de réduire les risques de congestion, en modulant les arbitrages des gens, grâce au caractère dissuasif que représente l’élévation de la taxation en situation de congestion routière. Il semble toutefois difficile de garantir que le système ne conduira pas à des comportements moutonniers, qui ne feraient au final que déplacer les situations de congestion dans le temps.

Enfin, les ITS offrent même des perspectives nouvelles pour le secteur de l’assurance automobile où le suivi en temps réel de la circulation des véhicules pourrait permettre la mise en place de contrats d’assurance « pay-as-you-drive », en fonction de l’utilisation que chacun ferait de son véhicule.

Les perspectives à long terme, aussi fantaisistes fussent-elles, semblent inépuisables. La Commission européenne présentera dès 2012 un rapport sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de son plan d’action pour les ITS. Si les ITS venaient à se développer aussi rapidement qu’escompté par la Commission, ils pourraient alors avoir des conséquences révolutionnaires sur la façon dont nous organisons nos flux logistiques et nos déplacements.

Références

  • Le dossier de la Commission Européenne consacré aux ITS : ici
Share
  • RSS Latest Articles

  • Sponsors / Partners

  • Archives

  • Management Tools

  • Switch to our mobile site

    healtgamessportfoodsexywomanclothesbussinesspeopleart